Des employées débrayeront le 14 juin pour demander plus d’effectifs en EMS

Une pétition des employé-e-s des EMS genevois, soutenue par le syndicat Unia, demande que l’Etat mette davantage de moyens pour couvrir l’ensemble des besoins nécessaires à une prise en charge décente des résidents en EMS. Stress, horaires coupés et surcharge de travail sont le lot quotidien du personnel des EMS, largement féminisé.

Françoise*, aide-soignante dans un EMS de la place, témoigne : « L’après-midi, nous sommes 8 aide-soignantes pour 80 résidents. On doit tout faire à la va-vite. On ne peut pas répondre à toutes les demandes et les résidents doivent patienter. J’appelle ça de la maltraitance. »

« Notre métier a beaucoup évolué ces dernières années », complète Dominique*, femme de chambre. « On ne fait pas que passer le balai, on sert les repas aux résidents, on est leur point de repère. Mais on a de moins de moins de temps pour être avec eux. Je trouve ça triste. »

Conséquence du manque de personnel : « on travaille constamment en flux tendu, nos horaires changent chaque semaine. Sans parler des horaires coupés, ça c’est le suicide ! »

Le 14 juin, elles feront grève avec leurs collègues pour réclamer plus de moyens et une meilleure reconnaissance de leur travail. Plus de 80% des quelque 5'200 employés que comptent les EMS sont des femmes. Souvent à temps partiels, mais sans un jour de congé fixe, la planification de la vie privée relève d’un véritable casse-tête. Les salariées des EMS sont à bout et doivent jongler entre travail salarié et tâches domestiques, dont elles ont encore majoritairement la charge. Augmenter les effectifs, c’est aussi donner une véritable reconnaissance aux métiers du care, encore trop souvent considérés comme étant « une vocation féminine » et donc dévalorisés.

L’Etat doit couvrir les besoins de la population

Il manquerait encore près de 500 postes de travail dans les EMS du canton. C’est dans les soins que le manque est le plus criant, puisque la dotation en personnel est de 86% en moyenne. Autrement dit, il manque 14% de personnel soignant dans nos EMS.

Les autorités cantonales, et en particulier le ministre de tutelle des EMS Monsieur Mauro Poggia, semblent se satisfaire de cette situation. Pourtant, en 2007 déjà, la population genevoise votait l’Initiative 125 qui demandait que l’Etat couvre tous les besoins en EMS. Douze ans plus tard, la volonté populaire continue d’être bafouée.

L’Etat de Genève a bouclé les comptes 2018 sur un excédent budgétaire de 220 millions de CHF. Au moment du vote sur l’IN 125, les autorités avaient estimé son coût à hauteur de 60 millions de CHF. Les possibilités matérielles existent donc bel et bien pour couvrir les besoins de la population.

Dominique conclut : « Pour toutes ces raisons, nous devons faire de cette pétition un succès. Et malgré les craintes de représailles, nous participerons à la grève pour faire entendre notre voix. On le fait aussi pour les résidents, il faut plus de personnel ! »

*prénoms d’emprunt

Renseignements:

Giulia Willig, secrétaire syndicale, 079 139 87 32

Anna Gabriel, secrétaire syndicale, 079 485 22 18